Marathon des Sables: compte rendu d’une épreuve formidable, par Hervé Choix

Pourquoi courir 250 Kms dans le Sahara marocain en six étapes qui varient entre 30 et 90 Kms chacune, le tout en autonomie alimentaire et matérielle totale?


Si je me suis souvent posé la question, ce n’est rien comparé au nombre de fois où mes proches me l’ont posée, souvent inquiets des conséquences physiques, et pas toujours sensibles à la dimension sportive et personnelle qui accompagne une telle course.


Mon idée première était de conjuguer mon 50ème anniversaire avec mon amour pour le désert et les 30 ans du Marathon des Sables m’apparaissaient comme une évidence. 

Je me suis alors concocté un plan d’entrainement en me fiant à ce que j’entendais à droite, à gauche et mes recherches internet. Dès janvier, je suis passé de 3 entrainements par semaine à 6 où j’alternais les séances de courses à pied, une séance vélo et deux séances de renforcement musculaire ne dépassant jamais 4h par peur de la blessure. 

En plus de cela, il fallait réfléchir à toute la partie logistique: quel sac prendre quels vêtements, chaussures, alimentation, rien ne doit rester au hasard pour une telle course. Mais fort des conseils d’amis expérimentés, j’ai réussi au final à avoir un sac pesant ‘’seulement’’ 7,5 Kg, le rendant tout à fait supportable. 




Qu’est ce que je suis venu chercher pendant ce marathon des sables? 


En fait, c’est la courses elle même et l’ambiance autour qui apporte naturellement les réponses. La beauté infinie du désert, le dépassement des doutes quand les moments difficiles arrivent avec la fatigue et la douleur, mais aussi le partage avec les autres participants, notamment les compagnons de la tente 99 que je partageais avec 7 autres passionnés, la disparitions de toutes les obligations matérielles et professionnelles pendant cette semaine où l’on se recentre sur soi pour avancer, finir profiter des vues magnifiques et tous ces autres moments où seul l’oeil saurait le raconter. 


Patrick BAUER, organisateur du Marathon des Sables, a toujours fait de sa course un moyen d’aider les populations marocaines. Il encourage à ce que les coureurs portent les couleurs d’une association caritative, j’ai eu la chance et la plaisir de porter celles de l’association des chiens de guides d’aveugles Provence Alpes Côte d’Azur Corse. Ce n’était que des logos sur mes vêtements mais à chaque moment difficiles, c’était un moyen de retrouver l’énergie nécessaire pour passer ce mauvais moment. J’étais là parce que je l’avais voulu alors que tous les aveugles et non-voyants ne pouvaient pas profiter de ce que je voyais. 




J’ai d’ailleurs couru à côté de deux aveugles sur le Marathon de Sables et ne peux avoir que du respect et de l’admiration pour eux. C’est toujours un mystère pour moi de savoir comment ils ont pu évoluer dans un environnement aussi hostile et un terrain aussi dangereux.



Et la course alors?


Premier marathon des sables partagé entre excitation et anxiété. L’excitation du défi, de savoir que j’ai une chance extraordinaire de pouvoir participer à une course unique au monde, et l’anxiété de l’avoir mal préparé, me blesser, ne pas terminer. Le tout accompagné de ‘’Highway to Hell’’ avant chaque départ. 




Le départ est donné, et ce sera comme ça tous les jours, j’essaie de ne pas trop m’emballer, je ne sais pas comment gérer une telle course. Finalement j’applique rapidement les consignes suivantes: trottiner sur le plat, marcher dans le sable et les montées et surtout, BOIRE, encore et toujours. Prendre des pastilles de sel pour éviter la déshydratation m’ont beaucoup aidé. A deux reprises, la soif s’est faite ressentir, heureusement jamais très loin des points de contrôle. 


Les étapes étaient à longueur variables: 37, 32, 37, 92, 42 et 11 Kms. Au fil des heures, je me suis rendu compte que j’avançais sans penser à quoi que ce soit, hormis boire et faire attention où je mettais les pieds. Quand tout allait bien, il me fallait faire un effort pour regarder autour de moi et profiter des panoramas, étant uniquement attentif à mes sensations pour optimiser ma progression. Quand les difficultés arrivaient, l’esprit se réveillait et je reprenais conscience avec la réalité. Peut être que les marcheurs ont plus de facilité pour philosopher et profiter à plein temps, en tout cas, il m’est arrivé fréquemment de ‘’disjoncter’’, peut être un mécanisme de défense pour oublier pendant un moment les difficultés que je vivais. 


Il m’est arrivé de me retrouver à côté d’un coureur inconnu et, comme on avance au même rythme, on parle de tout de rien. Et d’un coup, on peut en voir un ralentir ou l’autre accélérer et le duo improbable se disloque pour ne plus exister. Le partage avant de se retrouver dans SA course. 




Le rituel de l’arrivée, toujours le même. Direction le tente 99, pose du sac, on retire les guêtres et les chaussures, de loin les moments les plus agréables de la journée. Repas et REPOS. Pas possible de faire la sieste, trop d’excitation mais le plaisir d’être en bon état. Bon état tout relatif, avec ampoules et douleurs musculaires, mais en état de continuer en tout les cas.


Une fois ‘’lavé’’, la plaisir de mettre une nouvelle tenues, dont les t-Shirt Salomon de chez Sports Outdoor (Merci à toute l’équipe de votre soutien). Un vrai plaisir de se sentir propre et sec, avant un bon repas et un nuit de sommeil bien méritée.

On arrive enfin au bout de l’étape marathon de ce 30eme Marathon des Sables, LE plaisir est enfin là. La remise de la médaille Finisher remise par Patrick BAUER en personne.Plus d’ampoules, plus de douleurs, plus de fatigue, le seul plaisir d’avoir franchi la ligne d’arrivée. Certains pleurent, d’autres rient, mais tous regardent cette médaille droit dans les yeux. Le classement ne compte pas, seule l’arrivée est importante. 


FINIR LE MARATHON DES SABLES, C’EST LE GAGNER. 


Rédigé le  13 mai 2015 12:09 dans Sports Outdoor People  -  Lien permanent

Commentaires

c'est beau, ça donne envie, merci pour ce temoignage.
un coureur. ;-)
Publié par : lavielle - 13 mai 2015 15:47
Bravo Herve.....Super agreable de lire ca.
Publié par : gil - 20 mai 2015 16:39
Magnifique Hervé! .... C'est très généreux de faire partager une telle expérience. Mille bravos!
Publié par : juliette - 21 mai 2015 13:24

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